Bref historique de l'Ennéagramme

Personne ne connaît véritablement les origines de l’ennéagramme. Différents auteurs évoquent quelques sources possibles qui sont loin d’assurer une continuité historique concernant la transmission l’ennéagramme. Il s’agit plutôt d’éléments épars qui constituent des indices permettant de tracer avec beaucoup de pointillés des relations entre différentes traditions utilisant l’ennéagramme depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Dans l’Antiquité autour du Bassin méditerranéen : des écoles de Sagesse

Les philosophes et les « Maîtres de sagesse » ont été nombreux dans l’Antiquité autour du Bassin méditerranéen. Consultés par des personnes en quête de bonheur, ils constatent qu’il n’est pas possible de donner les mêmes réponses à chacun : en effet tous ne vivent pas avec les mêmes motivations et ne partagent pas les mêmes valeurs. Le chemin vers le bonheur ne peut être identique pour tous.
A partir de l’observation et de l’expérience, un modèle cohérent de compréhension des différentes personnalités et de connaissance des différentes voies pour acquérir la sagesse a pu être systématisé.

Certains spécialistes font remonter l’ennéagramme à Pythagore, fondateur d’une école de développement psychologique et spirituel dans laquelle on travaillait sur soi à l’aide de figures géométriques symboliques. Celle qui correspondrait à l’ennéagramme est la dernière étape de réalisation de l’être humain. Le chiffre 9 évoque les 9 Muses du temple grec qui symbolisaient 9 énergies universelles.

Au début de l’ère chrétienne : les Pères du Désert

Anselm Grün déclare à propos des Pères du Désert : « La plupart de leurs pensées et de leurs pratiques ressemblent à celles des pythagoriciens. Leur organisation, le lien entre l’ascèse et le mysticisme…De plus, une bonne partie de leur vocabulaire est d’origine grecque : anachorèse, monachos… »
Parmi eux, Evagre le Pontique (Evagrius Ponticus ; 345-399) a développé une liste de huit vices ou pensées qui distraient, et dans ses écrits on peut lire: « Je dois d’abord reconnaître mon type afin de pouvoir m’attaquer à mon vice – tous les autres chemins ne sont qu’illusion. Je dois observer où coule mon énergie, ce qui me bloque et ce qui m’aveugle. La source de ma plus grande faiblesse est aussi la source de mon principal don. Par la passion, je peux découvrir mon talent principal, et alors ma passion sera transformée et je pourrai faire fructifier le fruit divin que je porte en moi. »

On peut également citer Jean Climaque et son « Echelle sainte ».

A partir de l’an mille après J.C. : La tradition soufie

Le soufisme peut être considéré comme le courant mystique de l’Islam. Pour les soufis, le Jihad est la guerre sainte contre l’ego. La culture soufie utilise le diagramme de l’ennéagramme et la théorie des passions dans une tradition essentiellement orale.
Jean Vernette indique une origine possible en Afghanistan, sa transmission par le soufisme et sa trace chez les chrétiens nestoriens.

Au cours du 20ème siècle : arrivée de l’ennéagramme en Occident

La redécouverte actuelle de l’ennéagramme s’opère dans le climat psychologique qui caractérise la modernité. Deux personnes sont à l’origine de cette redécouverte de l’ennéagramme en Occident : G. Gurdjieff et O. Ichazo.

  • George Ivanovitch Gurdjieff (1872(?) – 1949)

Né sur les bords de la Mer Noire, G. Gurdjieff est très tôt confronté à différentes religions et cultures. Il rêve d’associer la sagesse de l’Orient à celle de l’Occident et développe un enseignement ésotérique intégrant la figure de l’ennéagramme. Arrivé en France en 1922, il fonde à Avon, près de Fontainebleau, l’Institut de Développement holistique de l’homme.
Si François Mauriac a dit de lui en 1954 : « M. Gurdjieff, l’homme qui avait rapporté d’Orient une méthode pour tuer le moi et pour redevenir soi-même… », d’autres considèrent Georges Gurdjief comme un redoutable manipulateur.

  • Oscar Ichazo

Né en 1931, ce fils de haut fonctionnaire bolivien a été initié très tôt à l’ennéagramme au cours de ses voyages au Moyen-Orient. Professeur en psychologie, il enseigne à l’Institut de psychologie appliquée de Santiago du Chili. Il retrouve la correspondance entre les neuf bases et les neuf passions.
En 1970, il organise un stage de onze mois à Arica (à la frontière entre le Chili et le Pérou) où viennent se former une cinquantaine de chercheurs du monde entier, dont Claudio Naranjo…

  • Claudio Naranjo

Médecin chilien, Claudio crée des équipes de recherche autour de l’ennéagramme.
Il établit des liens entre les neuf bases et les pathologies décrites dans le DSM 4.

  • Helen Palmer

Docteur en psychologie, elle réside à San Francisco et participe depuis 1974 aux équipes de recherche de Claudio Naranjo.
Elle développe le système des panels qui avait été mis au point par Naranjo. Et elle monte avec David Daniels une formation de formateurs à l’Université de Stanford.

  • Bob Ochs

Père jésuite, il participe, dès 1971, au groupe de travail de Naranjo à San Francisco. Il est particulièrement intéressé par des liens qui lui semblent évidents entre : « les idées du centre mental supérieur » des points 3, 6 et 9 du triangle et les vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité ; ainsi que par le sens des flèches qu’il interprète en rapport avec les mouvements de consolation et de désolation décrits par Ignace de Loyola dans Les Exercices.
Il enseigne l’ennéagramme à l’Université Loyola de Chicago. A partir de l’enseignement de Bob Ochs, l’ennéagramme s’est développé dans les milieux chrétiens.

  • 1er livre en 1984

Trois étudiants de Bob Ochs : le père O’Leary, Maria Beesing et Robert Nogosek publient en 1984 le premier livre sur l’ennéagramme. Ichazo tente en vain de faire valoir ses droits d’auteur. C’est ainsi que l’ennéagramme est passé dans le domaine public.
Le livre est traduit en français en 1992 : « L’ennéagramme, un itinéraire de la vie intérieure » (Editions DDB).